OLIVER BEVAN texts | ||||||
Aller directement à MIROIR URBAIN Exposition de peintures de Oliver Bevan au National Theatre de Londres, article par Mireille Galinou, Avril 1997 Aller directement à l'article de Sophie Bastide-Foltz sur l'exposition « Sur l'eau » à la Galerie de l'Ancien Courrier 2006 Aller directement à l'article d'Alexandra Bourre 2007 | ||||||
'MIROIR (RETROVISEUR) URBAIN' Exposition de peintures d'Oliver Bevan au National Theatre de Londres par Mireille Galinou, Avril 1997 Conservateur des peintures au Musée de Londres et fondateur du London Arts Café, lieu de rencontres pour les arts de la ville. La profession de peintre est l'une des plus difficiles qui soient. Dans de nombreux quartiers d'artistes londoniens, les mansardes, le manque d'argent, la quête épuisante pour être reconnu, sont des facteurs aussi réels de nos jours qu'ils l'étaient au 19 ème siècle quand la notion de vie de bohème artistique émergea en Europe. Alors qu'est ce qui pousse le peintre à peindre? Qu'à t'on à gagner de l'examen minutieux du développement professionel d'un artiste londonien? Une tranche de 20 ans dans la vie d'un artiste nous permettrait-elle de mieux comprendre la vie de tous les artistes et plus précisément, leur décision de vouloir communiquer à un public? Oliver Bevan est un peintre de grande expérience qui s'est installé à Hammersmith à l'ouest de Londres et dont le style de peinture a subi des changements tout à fait dramatiques. Jusqu'à présent son travail a produit deux 'mutations' principales: d'abord le passage du travail abstrait à un style figuratif réaliste, et deuxièmement, la transformation progressive d' un monde dominé par ce qui est construit à un monde qui est gouverné par ses habitants. Au premier abord, ces changements semblent compromettre les règles implicites auxquelles nous adhérons tous en ce qui concerne les artistes - qu'ils ne vacillent pas dans leurs objectifs. Et pourtant ces changements de parcours ne sont pas aussi superficiels que l'on pourrait se l'imaginer. Le principe urbain Nous n'avons guère besoin de chercher très loin pour identifier la puissante force directrice dans l'oeuvre de Oliver Bevan: c'est la ville. Pour commencer il faut noter l'influence, dès le début de sa carrière, de Mondrian, un artiste qui chercha à créer un dialogue entre l'architecture et l'environnement urbain. Dès 1965, Oliver Bevan voulait que ses peintures "existent en tant qu'objets dans un environnement qui a été organisé. A partir de cette perspective la peinture pouvait avoir la même relation avec l'architecture et l'urbanisme que la recherche scientifique pure possède avec la technologie". Avec de telles notions d' 'organisation de l' environnement' et d' 'architecture' l'artiste était déjà très proche de l' idée de ville. Conflit Tôt dans sa carrière, Oliver Bevan a très clairement décrit combien l'idée de conflit était centrale à sa peinture et ceci est demeuré un élément constant de son art comme on peut le montrer en se servant des propres citations de l'artiste: "Peindre prend la forme d'un conflit entre la certitude de la géométrie et l 'incertitude des mécanismes de perception qu'il nous faut utiliser" (1965). Quelques années plus tard en parlant de ses peintures 'Farringdon' (un quartier de Londres), il décrit la même idée en termes plus graphiques: "J' ai traité la toile comme une arène de combat dans laquelle je ne savais pas quelle forme le combat allait prendre jusqu'à ce que j'ai eu commencé". En 1993 on retrouve toujours la même idée dans la façon dont l'artiste décrit la série de peintures 'Westway' (la voie rapide pour quitter Londres à l' ouest): "je pense que la voie rapide se conforme aux vieilles notions du sublime. Elle a une espèce de beauté atroce. Je ne peut rien peindre à moins que le sujet ne me remplisse d'émotions contradictoires." Et pourtant vous ne trouverez pas d'images de grève de mineurs ou d'émeutes contre les impôts dans l'oeuvre de Oliver Bevan et vous aurez peut-être même de la peine à détecter rapidement ce que l'artiste signifie par le mot 'conflit'. Prenons quelques exemples dans les peintures reproduites dans ce livret. A première vue, 'Passengers' (Passagers) est une image paisible: nous sommes tous familiers avec la solidité et la stabilité des voyages en bus. A Londres les voyageurs de bus ont rarement l'air harassé tant ils sont plus ou moins résignés au rythme lent mais sûr d'une méthode de transport que certains ont comparée à un 'bain vertical'. Les deux personnages dans 'Passagers' se conforment à cette règle. Pourtant ce témoignage direct du peintre est compromis par le jeu des reflets sur la vitre qui suggère un monde de choses intangibles. Cela crée une tension. Vous murmurez alors 'mais où est le conflit dans la délicieuse peinture, sans soucis, 'Off the Ground' (Décoller) qui montre deux fillettes qui sautent à la corde? Sans les explications de l'artiste, on ne l'aurait jamais su . Lorsqu'il s'est attaqué au thème des enfants dans une cour de récréation (le studio de l' artiste se trouve dans une école), Oliver Bevan est devenu profondément conscient du fossé qui sépare le monde adulte de l'enfance, l'innocence de la connaissance. Ceci s'exprime en termes très physiques, comme souvent dans le travail de cet artiste. Il écrit à propos de cette série: 'Ma propre enfance ne ressemblait en rien à tout cela, ce qui d'un côté produit des tableaux qui sont une espèce de lamentation pour une période de vie qui m'a échappée, et pourtant d'un autre côté, ces peintures représentent l' observation presque scientifique d'un comportement de jeune animaux humains qui n'ont pas encore appris à avoir honte de leur place dans l'ordre naturel '. La source du conflit se trouve donc en dehors de la peinture, dans la tête de l'artiste, permettant à la peinture de faire état d'une joie de vivre pure et sans mélanges. Ordre "Je ressens avec force le désir d' une peinture bien construite. Pour moi, c'est comparable à un moteur de voiture qui tourne bien. Ça serait nul de l 'entendre qui hoquète et qui pétarade en descendant la rue de la façon la plus ridicule." (1986) Cette passion pour l'organisation permet à l'artiste de bien contrôler le conflit dans ses peintures. Dans 'Exit to Edgware Road' l'anxiété qui est produite par différence d'échelle entre constructions et habitants, s' adoucie grâce à la position centrée des personnages et à la façon harmonieuse dont ils se fondent dans l'architecture. La structure qui ressemble à un tunnel permet de contraster la taille écrasante de la tour et la vulnérabilité des piétons, en même temps que l'épaule droite de l'homme en premier plan en épouse la courbe, faisant parfait écho à la jungle de béton. Méthode de travail La méthode de travail de Oliver Bevan est bien décrite dans un article de Nicholas Usherwood 'L' artiste en conversation' (Magazine The Artist, décembre 1991). Ici nous mentionnerons simplement la façon dont il se sert de la photographie pour explorer ce qui est rarement perçu par l'oeil. Une bonne photo le distrait de son objectif principal; il lui en faut une mauvaise. C'est alors que se révèle l' étrange juxtaposition de ce qui est matière et de ce qui est ombre dans 'Coming Towards Me' (Venir vers moi), le jeu bizarre des lignes, et l'image, très déconcertante, que forment le logo de la compagnie téléphonique avec la personne qui utilise la cabine. Mais il nous faudrait peut être maintenant retourner à l'idée de conflit. Non seulement l'artiste choisit d'évoquer des moments de tension en peignantl' étrange et le transitoire dans le monde de tous les jours (par exemple le moment bref où un passager observe la rueavant de quitter le bus dans 'Platform' - Bus à impériale -), mais il est également capable de transcender la source du conflit qui est à l'origine de certains de ses tableaux. L'énorme polyptique sur le thème de la circulation 'One Way System' (Sens Unique), doit sa conception à l'intense frustration ressentie par l'artiste lorsqu'il s'est trouvé complètement coincé dans un embouteillage à Hammersmith. Dans les tableaux de Oliver Bevan, les conducteurs de voitures, qui étaient les victimes de circonstances extérieures, sont devenus des héros. Ils ne sont plus enfouis dans une mer congelée de voitures mais leurs immobilité de voyageurs temporairement interrompus, permet à l'artiste de les observer, peut-être pour la première fois. Il devient aussi indiscret et révélateur que le réalisateur dans le film Fellini Roma. De même, 'Looking back' (Se retourner) est associé à la mort du père de l'artiste. L'atmosphère est triste et menaçante, pleine de 'beauté atroce' mais le personnage dans le tableau émerge du tunnel en vainqueur. Ces peintures représentent un véritable tissage des choses de la vie. Les images créées par l'artiste proviennent directement de son environnement et sont fixées dans des moments de frustration, de tension, de difficulté. Cet environnement est aussi le nôtre : nous avons tous tant à découvrir et à apprendre dans la contemplation de ces scènes urbaines qui dominent maintenant les vies des hommes et des femmes à la fin du 20ème siècle. © Tous droits réservés : Oliver Bevan et Mireille Galinou | ||